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WTF (partie 2)

WTF (Partie 2)
Le supplice de Waterloo pour les Français
Ou quand le surréalisme se révèle contagieux
Maintenant que vous êtes confortablement installé dans l’une des maisons Co-Homing, ne serait-il pas temps de plonger dans une histoire locale sérieuse et de vous diriger vers un lieu redoutable, pour changer ? Mais pas d’inquiétude, c’est seulement redoutable pour ceux qui y étaient, ce sinistre et horriblement pluvieux dimanche 18 juin 1815, le jour de la bataille de, oui, Waterloo. C’est ici !
WTF ? Non, je n’ai pas encore perdu la raison… ou pas tout à fait. Je veux juste exposer un fait largement méconnu et montrer que le surréalisme – ce trait typiquement belge – peut sournoisement franchir les frontières… jusqu’en France, rien que ça.
Waterloo, l’énigme
En effet, Waterloo est une énigme. Waterloo, la ville qui célèbre… un perdant ! Laissez-moi vous demander : « Qui a gagné la bataille de Waterloo ? ». Si vous le savez, je ne peux que vous respecter. Vous déchirez.
Maintenant, si je demande : « Qui a perdu la bataille de Waterloo ? » Tout le monde connaît la réponse. « Napoléon », n’est-ce pas ? C’est bizarre, non ? Tout le monde connaît Napoléon, le perdant, mais personne n’a la moindre idée du gagnant. Hein !
Regardez, partout autour du gigantesque site de la bataille, la seule effigie que vous voyez sur les panneaux, les panneaux indicateurs, les guides, les catalogues… absolument partout, est celle du perdant de la bataille ! C’est unique, sans précédent. Le perdant trône au sommet du massacre. Fous-moi le camp !
Je pense que cela pourrait être le meilleur coup de relations publiques jamais enregistré.
Le gagnant ? Le duc de Wellington. Choc ! Allez, c’est lui qui a mis fin à l’hégémonie et à l’Empire de Napoléon, tout de même. Est-il légitimement honoré, célébré pour ce coup de maître ? Ouais, bien sûr. Pfff… un petit musée dans la ville de Waterloo, le bœuf Wellington – un des plats les plus iconiques de la cuisine anglaise et le plat préféré du duc –, des bottes en caoutchouc étanches et, oh oui, le plus gros… Wellington, la capitale de la Nouvelle-Zélande. On pourrait penser que la mémoire du duc repose fièrement là-dessus, mais non, même en Nouvelle-Zélande, le perdant rôde : il y a non pas une, mais deux villes nommées Napoléon en Nouvelle-Zélande ! Étonnant.
Je ne parlerai même pas de la « franchise Napoléon » : bonbons, pâtisseries, barbecues, cheminées, nombreuses boissons alcoolisées, même des sous-vêtements, eh bien, 174 produits Napoléon enregistrés au total.
Pourtant, Waterloo torture toujours les Français
2015, année du bicentenaire de la bataille.
La France boude l’événement : « pas de temps pour célébrer une défaite ». Cependant, Jean-Christophe Napoléon, héritier de l’empereur, est présent. Étrange, non ?
En signe de commémoration, la Belgique décide de frapper des pièces de 2 € pour le bicentenaire. La France est froissée. On frôle une crise diplomatique. La Belgique cède sous la pression, mais des pièces de 2,5 € seront frappées, or comme la pièce de 2,5 € n’est pas une dénomination officielle, ces pièces ne peuvent pas circuler. Bizarre, non ?
Maintenant, attendez une minute, si la France peut intervenir et interdire une simple pièce de 2 €, qu’ont-ils fait pour… ABBA ??!!!! Allez, depuis 1974, le mmmmonde entier fredonne : « My, my, at Waterloo Napoleon did surrender\*… » Gagnants de l’Eurovision 1974, 6 millions d’exemplaires vendus, meilleure chanson de l’Eurovision en 2005, et bam… en 2021 encore ! Comparé à une simple pièce de 2 €, la France ne devrait-elle pas être en crise nucléaire avec la Suède ?
Peut-on faire plus surréaliste ? Aucune idée.
Bref, si ce plaidoyer vous titille un tant soit peu, je vous recommande vivement d’aller à Waterloo, de penser « Wellington » lors de votre visite, et vous comprendrez ce que je veux dire.
\*Ah oui, en fait, Napoléon ne s’est pas « rendu »… il s’est enfui. Oups !
Micky